Pérou

Deux journées inoubliables sur le Lac Titicaca

Lorsque l’on préparait notre voyage, on avait souvent pu lire que ce lieu est une véritable usine à touristes (en même temps, vu le coté célèbre de ce lac, qui est le plus haut navigable au monde, il fallait s’en douter un minimum…). On avait donc un peu peur de nous retrouver au sein d’un groupe de 50 personnes pour découvrir ce lac, et malheureusement, les quelques agences qui nous paraissaient sérieuses, à qui nous avons envoyé un mail depuis la France avant notre départ, ne nous ont jamais répondues…

Un point nous attirait particulièrement ici : les îles d’Uros, il y en aurait plus de 300 sur le lac. Ce sont des petites îles, bâtit avec de la paille, ou vit la communauté Aymara. Les Aymaras représentent un peuple originaire de la région du lac Titicaca. On les trouvent donc au sud du Pérou mais aussi au nord de la Bolivie et du Chili. Ces derniers étaient à l’époque un peuple de guerriers, et d’après les dires, il s’agirait de la seule communauté que l’empire Incas n’aurait pas réussi à faire tomber. Nous étions intrigués par ce peuple et sa façon de vivre peu commune, nous avions donc envie de les rencontrer.

Oui mais voila, les îles d’Uros ont malheureusement la réputation d’être un véritable « Disneyland ». Pour faire simple, chaque jour, des dizaines et dizaines de bateaux partent de Puno blindés de touristes, ces derniers sont tous lâchés sur les différentes îles afin de rencontrer les « sois disant » Aymara et partent par la suite vers les îles de Taquile et/ou Amantani. En faisant des recherches, nous avons de plus constaté que les Aymaras qui accueillent les touristes ne sont pas de vrais Aymaras, mais des gens qui viennent de la région de Lima ou encore Cusco, qui ont senti la bonne affaire touristique, et qui sont venus sur le lac Titicaca en se faisant passer pour des Aymara pour accueillir les touristes (en réalité, il n’y a ici rien d’Aymara…). Ça c’était typiquement le genre de truc dans lequel on ne voulait pas se retrouver car aller dire bonjour à des gens qui se déguisent pour l’appât du gain non merci, c’est carrément le truc attrape touriste par excellence.

Nous n’avions que 2 jours sur place et 2 jours, c’est relativement peu pour sortir des sentiers battus à cet endroit. Nous avons du coup même hésité à inclure cette étape dans notre parcours mais en réfléchissant, aller au Pérou sans passer par ce lac mythique… Aie ! C’était impossible à nos yeux (c’est un peu comme venir à Paris et ne pas voir la Tour Eiffel, chose inconcevable) !

On s’était donc dit qu’on arriverait à Puno sans rien réserver, et qu’on improviserait sur place, sauf qu’en recherchant notre hébergement dans cette ville sur Booking avant notre départ, nous sommes tombés par le plus grand des hasard sur la chambre d’hôte de César sur une des îles d’Uros. A première vue, on était quelque peu sceptiques, car on pensait qu’il s’agissait là d’un véritable attrape touristes. Or en lisant les commentaires des autres personnes passées par là, nous avons eu le droit à tout un tas d’éloges et un point nous a particulièrement tapé dans l’oeil : César serait le dernier « vrai Aymara » à accueillir les voyageurs à cet endroit. C’est donc sur un coup de tête que nous avons réservé, et à ce moment là, nous étions encore à mille lieux d’imaginer qu’on allait vivre l’une de nos plus belles expériences péruviennes.

Coucher de soleil dans le bus avant d'arriver à Puno

C’est donc après 6h de bus depuis Aréquipa, que nous arrivons à la gare routière de Puno aux alentours de 20h30. Puno est située à 3820m d’altitude, c’est la ville phare pour partir en excursion sur ce fameux lac mythique, mais nous concernant, César doit venir nous chercher directement à la sortie du bus pour nous emmener sur son île. Une fois arrivés, nous constatons rapidement qu’il n’y a personne qui nous attend, autant dire qu’on a eu un bon coup de stress sur le coup. On en profite donc pour arpenter la gare routière de tout les cotés, les différentes compagnies de bus crient dans tout les sens pour attirer les clients, on se croirait ici dans une véritable poissonnerie et autant dire que nous ne sommes absolument pas fans de cet endroit que nous avons hâte de quitter. Quelques instants plus tard, nous voyons apparaitre au loin un petit homme avec un carton sur lequel il y a écrit « Maxime Johanna », bonne nouvelle, c’est pour nous ! Nous faisons les présentation, il nous dit qu’il s’appelle Victor et qu’il va nous accompagner en voiture jusqu’au point d’embarcation ou César viendra nous récupérer en bateau.

C’est donc de ce pas que nous nous dirigeons vers sa voiture ou est présente sa fille de 6ans, qu’il emmène avec lui. Cette dernière est hypnotisée par sa tablette ou elle regarde des dessins animés en rigolant. Nous roulons pendant environ 10 minutes et commençons à faire connaissance avec Victor, un homme très sympathique et souriant, avant d’arriver dans un petit coin perdu au bord du lac Titicaca ou nous nous arrêtons. Nous nous retrouvons ici dans le noir total, il n’y a personne d’autre que notre voiture et Victor nous annonce que César ne va pas tarder à arriver. Sur le coup, nous sommes un peu surpris car on s’attendait à embarquer via le port principal or non. Ça nous fait un peu drôle de nous retrouver ainsi avec une personne que l’on ne connait qu’à peine, dans le noir total. C’est au bout de quelques minutes que l’on commence à distinguer au loin un petit bateau avec un homme à son bord, il s’agit bien là de César. Il porte un bonnet et sur le coup nous arrivons à peine à voir son visage. Après une rapide présentation, nous embarquons et saluons Victor qui repart chez lui à Puno. César nous donne des couvertures polaires et nous demande de nous couvrir car la nuit, à 3800m d’altitude, il fait froid, et la traversée jusqu’à son île va durer 15min. Nous obéissons, le remercions et apprécions vraiment d’être couverts car il fait effectivement très froid.

La traversée s’effectue dans le plus grand des silences, il fait nuit noir et nous sommes impressionnés de voir que César se déplace à l’aveugle. On distingue parfois la forme de roseaux et nous avons, par moment, clairement l’impression d’être dans un labyrinthe de petites îles. Au dessus de nos têtes il y a un ciel étoilé exceptionnel ! Nous n’arrivons pas à réaliser que ça y est, nous sommes sur ce lac mythique, seuls au monde, avec un véritable Aymara ! Nous nous dirigeons clairement ici vers l’inconnu et vivons un vrai rêve ! Nous qui voulions de l’authentique autant dire que ça commence très très fort ! Nous n’aurions jamais imaginé vivre une telle arrivée sur ce lac : nous sommes impatients de tout voir au grand jour mais être ainsi plongés dans l’obscurité rajoute tout un coté mystérieux assez fou !

Une fois arrivés à destination, nous posons nos pieds sur une île faite de paille et un point nous surprend : on s’enfonce lorsque l’on marche ! C’est assez original ^^ Tout est d’un calme olympien ! César nous emmène dans une petite salle à manger et nous demande de nous assoir à table car il va nous ramener le diner que sa femme à préparer. Nous prenons donc place et on se demande clairement si ce que nous vivons est bien réelle !

César fait le service, il nous emmène progressivement l’entrée, le plat principal et le dessert : soupe au quinoa, riz, poulet, légumes et petit gâteaux avec une genre de confiture d’abricot. Nous nous régalons ! A la fin du diner, il revient nous voir et nous demande d’où nous venons. Il nous remercie par la suite d’être venus de si loin pour connaitre son monde. Il nous demande finalement de le suivre afin qu’il nous montre notre chambre, et là nous sommes complètement sous le charme !

Nous n’arrivons toujours pas a réaliser ! Dans la chambre il n’y a pas de chauffage, César nous indique qu’il y a 9 grosses couvertures empilées les unes sur les autres sur le lit et il nous remet à chacun une genre de bouillotte (il s’agit en réalité d’une bouteille d’eau qui contient de l’eau bouillante entourée d’une polaire). Il nous dit que pour avoir plus chaud, il est conseillé de dormir avec cette bouillotte à nos pieds.

Toutes les toiles sont tissées par sa femme et sa belle mère, qui vivent avec lui dans la petite maison derrière notre chambre. Il y a de plus une petite salle de bain (derrière la porte avec le pompon rose sur la photo ci-dessus) ou il y a un petit lavabo et des toilettes sèches.

César nous indique que le petit déjeuner aura lieu le lendemain à 8h20 et que par la suite il nous emmènera en bateau découvrir sa communauté. Nous acceptons avec grand plaisir ! C’est donc sur ces derniers mots, que nous nous mettons au chaud sous les 9 couvertures de notre lit. Autant dire qu’on apprécie vraiment de les avoir car il fait un froid glacial mais nous passerons une très bonne première nuit. L’astuce de la bouillotte était excellente ! 

Jour 1

Premier réveil aux alentours de 7h30 et nous nous empressons d’aller tirer le rideau face à notre lit pour découvrir enfin par la fenêtre ce fameux lac au grand jour. Autant dire que nous réveiller avec une telle vue est juste trop top !

Tout est toujours très calme, nous nous préparons rapidement afin d’aller explorer l’île au grand jour avant le petit déjeuner. En sortant de notre chambre, nous découvrons enfin les lieux éclairés par un beau soleil, nous avons vraiment l’impression d’être dans un autre monde.

La maison de César se situe à gauche et les deux chambres pour acceuillir les voyageurs en face
La vue depuis l'île de César

Le ciel se reflète complètement dans le lac, c’est d’une beauté incroyable ! Une chose nous scotche totalement : nous sommes seuls au monde ! Nous avions tellement lu que les îles d’Uros était une usine à touristes, que l’on s’attendait tout de même à être entourés d’autres petites îles avec d’autres personnes, or ici, ce n’est clairement pas le cas ! Les autres petites îles se situent tout de même assez loin ce qui offre un cadre exceptionnel ! La petit île de César est un véritable havre de paix !

Nous nous rendons dans la salle de la veille pour prendre notre petit déjeuner et faisons la connaissance d’un couple et leur fille qui vit à Los Angeles, et qui sont là comme nous, pour découvrir le monde de César. Le feeling passe très vite, nous savons déjà que nous allons passer un très bon moment avec eux aussi 🙂 Le petit déjeuner est divinement bon et surtout copieux : pain confiture, œufs brouillés, fruits en tout genre, fromage, tomate, avocat : nous nous régalons !

Une fois terminé, Lucy (la femme de César) et sa mère, viennent nous rencontrer dans la salle commune. Elles nous proposent de nous habiller et de nous coiffer comme les Aymaras afin de partir par la suite rencontrer la communauté. Nous acceptons avec grand plaisir ! Ces deux femmes sont d’une gentillesse incroyable ! A savoir que les tenues que nous portons, sont les tenues portées par les Aymara quotidiennement, ces derniers ne s’habillent pas ainsi juste pour les touristes.

César et sa femme ont deux enfants : une petite fille de 5ans du nom de Litzy qui était à l’école à ce moment là, et un garçon de 4 mois du nom d’Evan qui dormait au moment de cette photo. Lucy et sa mère nous ont présenté par la suite les tissages qu’elles effectuent quotidiennement. Certaines de ces œuvres peuvent demander jusqu’à 2 mois de travail et sont vendus au voyageurs ou sur les marchés. On retrouve sur ces toiles, la vie des Aymaras : foyer familial, la chasse, le mariage mais aussi la fameuse « Madre Lago » (la Mère Lac) qui est la divinité la plus importante aux yeux des Aymaras. Une grande fête est d’ailleurs organisée en son honneur tout les ans, en février.

Nous partons par la suite avec César découvrir sa communauté. Au total, nous sommes 6 dans son petit bateau ce qui est vraiment plaisant. Après 10 bonnes minutes de navigation, nous croisons tout un tas de bateaux de tourisme beaucoup plus gros, qui déversent mille et un touristes sur les différentes îles. Nous sommes vraiment ravis d’échapper à ce scénario qu’on avait pu lire un peu partout. Il est cependant assez incroyable de voir toutes ces îles en paille, on se demande comment elles sont construites (César ne va pas tarder à nous l’expliquer).

Notre hôte nous informe qu’il y a au sein des îles Uros, trois grands couloirs touristiques, et chaque jour, les touristes sont emmenés dans un couloir différents pour qu’ainsi les familles ne soient pas envahit quotidiennement. Il nous explique que la plupart de ces personnes ne sont pas des Aymaras mais des personnes qui viennent de Lima par exemple ou encore Cusco et qui font semblants, pour les touristes, d’être des Aymaras. On retrouve bien ici ce que nous avions pu lire avant notre départ. Il nous raconte que certains construisent des îles très luxueuses avec un grand confort pour accueillir les touristes, mais d’après lui, cela ne reflète pas la vrai vie des Aymaras car cette communauté n’a jamais eu tout ce confort moderne qui fleurit de plus en plus au sein de ces petites îles.

César nous apprend qu’il n’a pas voulu construire son île au sein des trois couloirs touristiques car il veut faire vivre une expérience authentique aux voyageurs qui viennent jusqu’à chez lui. Il est vrai que quand on compare son île avec toutes les autres, la sienne est vraiment dans un coin hyper tranquille (d’ailleurs il n’y a actuellement que 2 chambres chez César et 2 autres étaient en construction lors de notre venue, alors que sur certaines îles Uros il est possible d’accueillir 30 personnes en même temps, ce qui n’est clairement pas la même). Il nous informe de plus qu’il ne travaille avec aucune agence du coin et qu’il ne veut pas car il préfère être en petit comité plutôt qu’à 50. Sa façon de recevoir les voyageurs correspond totalement à notre façon de voyager, on ne pouvait pas mieux tomber !

Les fameux bateaux à tête de puma, utilisés à l'époque pour les mariages. Aujourd'hui ils servent à promener les touristes
Un des couloirs touristique des Uros

Nous nous arrêtons chez des amis de César, une île ou vivent plusieurs familles avec des enfants en bas-âge à croquer ! Nous nous asseyons en cercle pour qu’il nous explique avec une des femmes, la construction de ces îles si particulières.

Amis de César

La base de ces îles est faite sous forme de gros cube de tourbe que l’on trouve un peu plus loin vers le centre du lac (comme le montre César sur la photo ci-dessus). Une fois ces gros blocs associés les un les autres avec de la corde, il faut aller ramasser des roseaux (on en trouve absolument partout sur le lac Titicaca, ils poussent dans les eaux peu profondes, sur la photo on en voit derrière César). Une fois les roseaux coupés, il faut les laisser sécher et c’est ainsi qu’ils se transforment en genre de paille. Les Aymaras appellent ça : la « Totora ». Cette dernière doit par la suite être répartie sur l’ensemble de l’île sur au moins 3m de haut, ce qui représente un travail énorme (et bien entendu tout est fait à la main, ici pas de machines). Des branches d’eucalyptus sont de plus plantées dans le fond du lac pour aller attacher chaque île avec des cordes (sinon les îles seraient amovibles et se déplaceraient sur le lac avec le vent). Parfois les Aymaras doivent plonger jusqu’à 20m de profondeur pour attacher leurs îles. Bien entendu, la « totora » doit s’entretenir au fil du temps. César nous apprend qu’il la renouvelle sur son île toutes les 4 semaines et toutes les 2 semaines lors de la saison des pluie (car ici cette dernière se détériore plus facilement). Construire une île est donc un travail titanesque !

Par la suite César nous informe que nous pouvons poser à cette famille toutes les questions qui nous viennent par la tête, pour en apprendre d’avantage sur la culture Aymara. On apprendra ici qu’il y a un seul hôpital pour toutes ces îles (en photo ci-dessous) et qu’un médecin y vient une fois par semaine.

La question qui nous vient à ce moment là est donc la suivante : comment se passe un accouchement ? Réponse : les femmes accouchent en général chez elle, comme dans le temps.

On apprendra aussi qu’il n’y a pas d’autorités sur ces îles, les Uros sont complètement oubliées du gouvernement péruvien, résultat : chacun fait ici sa propre police. Lorsque nous demandons à César si il y a souvent des incidents, ce dernier nous répond que non, chaque habitant vit en parfaite harmonie avec son voisin car la communauté Aymara possède une valeur importante qui est l’entraide, pour ainsi pouvoir survivre plus facilement dans ce milieu relativement difficile. Chaque île possède un président et c’est ce dernier qui prend les principales décisions. Tous les ans, le président change. César nous apprend que comme il est le seul homme sur son île, c’est donc toujours lui qui dirige les choses.

Au niveau de l’école il y en a une pour toute la communauté des îles Uros, nous passerons devant lors du retour. Chaque matin, les parents y emmènent leurs enfants en bateau. Lorsque les enfants grandissent, soit ils restent avec leurs parents pour accueillir les voyageurs, soit ils partent sur la terre ferme pour faire des études.

Ecole
Ecole

Après avoir échangé avec la famille, nous passons du temps avec les enfants et ces derniers sont juste à croquer ! Tous très curieux, ils n’hésitent pas à venir nous voir et à faire de beaux sourires lors des photos 🙂 La famille nous emmène également découvrir leurs tissages ainsi que les petites bateaux en paille qu’ils font à la main.

Après ces superbes moments, nous voila repartis direction l’île de César pour aller déjeuner. Nous avons passé une superbe matinée, hyper enrichissante.

Au loin la ville de Puno
Ile de César

Après un excellent déjeuner (on mange vraiment super bien chez César !), nous en profitons pour nous détendre un peu dans les hamacs et nous rencontrons également le père de Lucy (la femme de César). Ce dernier vient l’aider pour construire les deux nouvelles chambres (que l’on peut voir derrière le bateau sur la photo ci-dessus). Un homme très sympa avec qui nous partageons quelques chocolats que nous avons ramené.

César est entre temps parti récupérer sa fille à l’école. Cette dernière, très timide, partira directement chez elle des son arrivée sur l’île, en nous regardant d’un sourire coquin ^^

Notre hôte nous propose par la suite de faire un tour en bateau traditionnel (fait en « totora ») pour profiter du coucher du soleil. C’est volontiers que nous le suivons avec le deuxième couple. Nous passerons plus d’une heure sur l’eau, à profiter d’un calme absolu et à échanger avec César. Qu’il est bon de se retrouver en dehors du couloir touristique ! Nous sommes à ce moment là le seul bateau à naviguer ! Un bonheur !

César nous propose même de prendre les commandes, mais ce bateau s’avère pour nous extrêmement difficile à diriger ^^ Nous nous rendons par la suite, à l’entrée d’un champs de roseaux pour nous montrer comment il les coupent et il nous informe que la pointe de ces derniers se mange (après avoir été épluché). Nous goutons un bout chacun et ce n’est pas si mauvais, on trouve que ça ressemble à de la salade 🙂

Au cours de cette balade des plus reposantes, César nous apprend qu’il accueille les voyageurs depuis 2016 dans le but d’échanger et surtout de faire connaitre la vrai vie des Aymaras aux voyageurs. Lui son truc, comme il dit, c’est d’être avec les clients et de leur faire découvrir plein de choses, c’est vraiment ce qu’il aime faire. Par contre il nous apprend qu’il n’est pas très doué pour pêcher et ici c’est son père qui s’en charge. Même si ce dernier ne vit pas sur la même île que lui, il vient lui apporter du poisson régulièrement (au sein de la famille tout le monde s’entraide).

Nous demandons à César pourquoi son père ne vit pas sur la même île que lui. Nous apprendrons que ce dernier vit sur une île qui est assez loin d’ici, la ou il n’y a aucun touristes. Il reste encore aujourd’hui des Aymaras qui vivent complètement isolés du reste du monde au sein du lac Titicaca, et ces derniers ne veulent pas recevoir de monde chez eux. Ils vivent sur des îles en plein milieu des roseaux, dans des endroits ou personne ne va.

Il nous apprend aussi qu’il est entrain de tout faire pour mettre des douches dans les nouvelles chambres qu’il est entrain de construire, mais que cela coute très chère et donc que ça pourra prendre du temps. Il ne veut cependant pas construire plus de 4 chambres pour accueillir des voyageurs, car après son île deviendra trop grande (et il a parfaitement raison).

Nous terminons cette balade en profitant d’un magnifique coucher de soleil, le cadre est magique et nous rentrons une fois la nuit tombée.

Jour 2

En ce 2ème jour sur le lac Titicaca, César nous propose de partir visiter l’île de Taquile qui se situe à environ 1h30 de navigation. Nous acceptons ! Nous partons donc de bon matin en bateau pour déposer dans un premier temps sa fille à l’école. Mademoiselle joue d’ailleurs à cache cache avec nous ^^

Par la suite, César nous dépose dans le bateau d’un de ses amis qui est guide, et qui va nous accompagner avec quelques autres touristes découvrir cette île. Ici, nous sentons très vite que c’est déjà beaucoup plus touristique car dans le bateau nous sommes avec une trentaine de personnes, qui viennent des 4 coins de la planète. Le guide est cependant hyper sympathique et n’hésite pas à venir nous voir pour apprendre un peu à nous connaitre. Il nous annonce qu’il connait César depuis sa plus tendre enfance car il est un vieil ami de sa famille.

La traversée jusqu’à l’île de Taquile est très belle. César nous a d’ailleurs conseillé Taquile plutôt qu’Amantani car Taquile et plus à taille humaine. A Amantani, il y a souvent plus de monde et l’île est beaucoup plus grande.

A savoir que sur ces deux îles, vit uniquement la communauté Quechua et non Aymara.

Une fois arrivés sur l’île, nous découvrons un cadre magnifique, ou il y a effectivement peu de monde. Au loin nous apercevons même la Cordillère des Andes bolivienne.

Au loin la Cordillère de Andes coté Bolivie

Nous entamons une petite balade afin d’aller rejoindre un petit restaurant ou des locaux nous attendent pour nous présenter leur travail. L’île de Taquile est contraintes à différentes règles et autant dire qu’ici la discipline règne en maitre, tout comme sa voisine Amantani. Ici il y a une police contrairement aux îles Uros, mais cette dernière est interne à l’île et n’a rien à voir avec les autorités du gouvernement péruvien. Les policiers, par exemple, sont élus par les habitants de l’île, ils doivent être obligatoirement mariés et avoir au minimum 30ans. En voici deux en photos ci-dessous. Ils vérifient également que chaque visiteurs payent une petite taxe des son arrivée sur l’île, pour ainsi aider au développement de cette dernière.

Nous apprenons également qu’ici, les chiens sont interdits, les enfants doivent lavés leurs linges des 5ans, le divorce est interdit et la communauté doit impérativement se marier entre elle, c’est à dire qu’une personne qui souhaite se marier avec une personne qui n’est pas Quechua, peut être définitivement bannit de l’île, surtout si le marie ne sait pas broder (car la broderie est une des activités phare de l’île, principalement pour les hommes).

En dehors de ces quelques règles très strictes, nous découvrons une île merveilleuse ou règne une grande tranquillité. Nous nous attendions à voir du monde, finalement, lors de notre passage en juin, il n’y avait quasi personne. En cours de route, nous apprenons que les habitants, vivent ici principalement de l’élevage et du tissage / broderie.

Nous arrivons au petit restaurant ou nous attendent plusieurs locaux. Les hommes brodent des bonnets, les femmes quant à elles font du tissage afin de réaliser des ceintures. Les hommes avec un bonnet rouge et blanc sont célibataires, ceux qui ont un bonnet rouge sont mariés et les hommes au chapeau noir sont policiers. Les femmes avec un haut rouge, sont les femmes des policiers.

Nous assistons également à une cérémonie qui rend hommage à la « Pachamama » (la mère nature). Certaines femmes possèdent de magnifiques robes.

Ici, lors des mariages, la femme se coupe les cheveux et l’homme doit danser avec les cheveux de sa femme. Le mariage peut durer plusieurs jour et l’homme ne doit jamais sourire pour prouver son sérieux dans son engagement.

Nous avons appris énormément de choses sur les traditions et la culture des Quechua qui vivent sur ces îles. Nous avons beaucoup aimé ce moment très enrichissant. Nous avons poursuivi par un bon déjeuner au restaurant, avant de continuer par une courte balade jusqu’au point culminant de l’île, qui offre une magnifique vue sur les alentours.

Au moment de redescendre jusqu’au bateau, la vue en contre bas est saisissante, nous sommes complètement sous le charme de cette petite île du bout du monde.

Il est à présent l’heure de retourner sur l’île de César, ce passage sur Taquile nous aura vraiment charmé, cette île est un véritable havre de paix !

De retour chez César, ce dernier est ravi de voir que nous avons apprécié notre journée et il nous propose de faire un tour en canoé autour de l’île, nous continuons donc notre exploration du lac Titicaca 🙂

L’heure du départ commence par la suite par se faire sentir. Nous en profitons pour offrir à César notre chargeur solaire. Ce dernier l’avait repéré lorsque nous chargions nos appareils électroniques et il voulait même nous l’acheter car au Pérou, ce type d’appareil coute chère, et sur son île cela lui serait d’une grande utilité. C’est donc pour le remercier des deux journées magiques que nous avons vécu que nous lui offrons, et nous rajoutons également un petit sac avec : chouchou pour les cheveux, stylos, fruits secs etc. César est très touché et nous remercie mille fois. Ces petites choses n’ont pour nous rien d’exceptionnelles, mais pour cette famille qui vit dans des conditions relativement difficiles cela représente beaucoup. Il est vraiment possible ici de leur faire plaisir avec pas grand chose.

César décide donc de nous garder pour diner (alors qu’à la base cela n’était pas compris dans le prix). Nous acceptons avec grand plaisir son invitation, après tout notre bus pour Cusco n’est qu’à 22h, nous avons donc un peu de temps devant nous. Nous passons une bonne partie de la fin de journée à papoter avec lui. Il est content de voir que nous parlons l’espagnol, car comme il le dit, lorsque les voyageurs ne parlent pas sa langue c’est beaucoup plus compliqué pour pouvoir échanger, bien qu’il possède quelques bases d’anglais.

Après un délicieux dernier repas, que nous partageons avec deux chinoises qui viennent d’arriver, l’heure est venue de dire au revoir à nos hôtes et autant dire qu’après ces 2 jours, c’est clairement le moment qu’on redoutait le plus : les « au revoirs » en voyage ne sont jamais simples en général…

En sortant de la salle à manger, il est non loin de 20h15 et il fait bien nuit, nous voyons alors arriver Lucy et Litzy et la petite fille nous tend quelque chose. Nous découvrons ici une toile tisser par la famille en guise de cadeau d’au revoir. Difficile de retenir nos larmes à ce moment là, nous sommes submergés d’émotion. Lucy à les yeux remplis de larme elle aussi, alors nous nous serrons dans les bras pour nous saluer en nous adressant les uns les autres mille et un merci : nous la remercions pour tout ce que nous avons vécu, pour sa cuisine délicieuse, pour ce cadeau qui ne quittera plus la table de notre salon et qui nous fera penser à eux, chaque fois que nous le verrons. Elle nous remercie à son tour d’être venus de si loin pour découvrir leur monde et pour les cadeaux que nous leur avons fait.

Nous montons alors dans le bateau de César et en attendant ce dernier qui est parti se prépare, Lucy commence à chanter en français la chanson « Alouette gentille Alouette », nous décidons donc de l’accompagner en français. Quelle situation improbable de nous retrouver là, en plein milieu du lac Titicaca, à chanter des comptines en français avec une famille Aymara. Lucy nous apprend alors qu’elle a appris cette chanson grâce  à une famille de français venue avant notre passage, et qu’elle adorerait apprendre cette langue qu’elle adore. Dommage que nous ne restions pas plus longtemps, nous aurions pu l’aider dans ce domaine 🙂

César arrive et l’heure de quitter l’île à sonné, nous adressons à Lucy et sa fille des grands signes d’au revoir depuis le bateau. Peu à peu la lumière de leur île disparait pour laisser place au noir de la nuit. Nous faisons cette dernière traversée en bateau dans le plus grand des silences, comme lors de notre arrivée. Il est difficile de retenir nos larmes, surtout lorsque l’on voit que César est lui même touché par notre départ.

Nous arrivons au point d’embarcation et retrouvons Victor qui est présent pour nous raccompagner à la station de bus de Puno. Toujours avec un grand sourire, il prend nos sacs pour les mettre dans le coffre. Après une dernière accolade avec César pour nous saluer, il nous annonce qu’il ne nous oubliera jamais et que nous serons toujours les bienvenus sur son île. Nous lui souhaitons à notre tour tout le meilleur du monde pour la suite et le remercions chaleureusement pour tout ce qu’il à fait pour nous. Nous ne pourrons jamais oublier cette expérience des plus magiques avec lui et sa famille.

Nous repartons en voiture et une fois arrivés à la station de bus, Victor remarque que sur nos sacs il  y a écrit « Quechua ». Surpris, il nous demande alors pourquoi il y a écrit ce mot sur nos sacs. Nous lui expliquons que « Quechua » est la marque d’un magasin de sport français très connu dans notre pays. Il rajoute du coup en rigolant :

« Je compte sur vous des votre retour en France, pour dire à ce magasin de faire une marque Aymara »

C’est sur un éclat de rire commun que nous quittons cet homme au grand sourire. On aurait aimé apprendre à plus le connaitre, il avait l’air super.

C’est donc assez chamboulés que nous retrouvons la stations de bus de Puno ou règne toujours le même bazar depuis notre dernier passage. Que ça nous fait drôle de nous retrouver là, après ces deux journées magiques. Nous avons clairement l’impression de changer de monde à nouveau.

L’expérience humaine que nous avons vécu ici, reste à ce jour la plus belle de tous nos voyages confondus. Nous avons vécu un réel rendez vous en terre inconnue que nous ne sommes pas près d’oublier. Nous sommes ici clairement revenus à l’essentiel, loin de notre société de consommation. Nous avons découvert des gens qui vivent avec trois fois rien et qui pourtant ont un cœur gros comme la terre. C’est typiquement le genre d’expérience, qui par la suite, remet en questions tout un tas de choses par rapport à notre propre façon de vivre. Nous étions à mille lieux d’imaginer que des moments aussi simples nous procureraient autant d’émotions, mais comme nous avons l’habitude de le dire :

 

« Ne soyons pas tristes de les quitter, mais soyons plutôt heureux, d’avoir pu, l’espace d’un instant, partager un bout de leurs vies ».

 

A cette famille au grand cœur, un grand merci du fond du cœur !

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4 réflexions au sujet de « Deux journées inoubliables sur le Lac Titicaca »

  1. Votre article est génial, comme toujours j’adore et plus particulièrement joh en habits traditionnels et max devant son bol de soupe. bises

  2. Hello!

    Votre article m’a beaucoup plu, et me rendant très bientôt à Puno, j’aurai vraiment voulu pouvoir vivre une expérience similaire. Pourriez-vous me donner des informations pour retrouver le logement de César? J’ai essayé sur booking mais je n’ai pas réussi à le trouver. Merci par avance!!
    🙂

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